La dysplasie coxo-fémorale (D.C.F)
La dysplasie coxo-fémorale (D.C.F), communément appelée dysplasie de la hanche, est un trouble du développement de la hanche qui va entraîner une instabilité de l’articulation. Le mot « dysplasie » signifie « anomalie du développement ».
La dysplasie de la hanche est une déformation de l'articulation de la hanche (articulation coxofémorale) qui se produit pendant le développement, c’est à dire pendant la période de croissance de l'animal. La dysplasie de la hanche n’est pas une atteinte congénitale : les chiens atteints sont nés avec des hanches morphologiquement normales. Au cours des premières semaines de vie, les tissus mous stabilisateurs de l’articulation de la hanche (ligament, capsule) se relâchent et apparaît une laxité anormale de l’articulation.
La tête fémorale se déforme, s’aplatit et la cavité articulaire (cotyle) s’évase. La tête fémorale ne correspond plus avec la cavité articulaire. Tous les chiens dysplasiques développent une dégénérescence arthrosique coxofémorale secondaire. La dysplasie affecte généralement les deux hanches. La nature héréditaire de cette affection est prouvée mais le mode exact de la transmission génétique n’est pas encore connu (il fait intervenir plusieurs gènes). Dans des lignées de chiens prédisposés à la dysplasie, certains facteurs peuvent augmenter la proportion et la gravité des chiens dysplasiques dans les portées. Ainsi, le facteur le plus souvent rapporté dans les grandes races est une alimentation inappropriée pendant la croissance du chiot (trop énergétique et entraînant un surpoids ou un excès de calcium).
Un excès d’exercice pendant la croissance sur un sujet prédisposé peut entraîner une telle conséquence. La conséquence d’une DCF est le développement plus ou moins tardif d’une arthrose de la hanche qui pourra entraîner des boiteries plus ou moins importantes et parfois une impotence sévère pouvant survenir très jeune et entraînant un handicap incompatible avec une vie sportive (même minime). Un point essentiel à connaître est l’absence fréquente de corrélation entre l’arthrose et la boiterie. Ainsi un chien très atteint ne va pas forcément boiter : on ne peut pas dire en voyant un chien se déplacer qu’il n’est pas dysplasique. A retenir : la dysplasie est une maladie héréditaire d’origine ligamentaire (laxité) et non osseuse : les lésions osseuses (arthrose) apparaissent avec le temps ou l’utilisation exagérée Méthode actuelle de dépistage de la Dysplasie : Le dépistage de la dysplasie repose sur une radiographie du bassin à partir de 15 mois (dans notre race).
Les critères de lecture du cliché sont bien codifiés et obligent à une position bien spécifique du chien : membres postérieurs en hyper extension et rotation interne, afin d’avoir les fémurs parallèles et les rotules au zénith, bassin rigoureusement symétrique (apprécié par les trous obturés symétriques et l’égalité de largeur des ailes de l’ilium). Le refus d’une radio par le lecteur officiel est toujours motivé par le fait qu’une radio imparfaite peut pénaliser un chien. C’est toujours une responsabilité de redemander un nouveau cliché avec une nouvelle anesthésie mais c’est uniquement pour ne pas déclasser un chien qui ne le serait peut être pas avec un meilleur cliché (parfois cela confirme un premier cliché mais ainsi aucun doute ne subsiste) La lecture consiste à apprécier la forme des têtes fémorales, la coaptation ou l’enserrement de cette même tête dans l’acétabulum (ou cavité de la hanche), la congruence (c’est à dire la correspondance entre les deux surfaces articulaires qui doit être parfaite), la présence d’arthrose et la laxité de l’articulation mesurée principalement par l’angle Norberg Olson.
Détruisons le mythe : la lecture d’une radio ne se limite pas à la mesure de cet angle ! Ligne de MORGAN = Lésion d’arthrose sur la ligne d’insertion de la capsule articulaire Ce n’est qu’un des nombreux critères d’appréciation et au risque de bousculer les croyances, un chien avec des angles supérieurs à 105 mais avec des lésions d’arthrose sera classé directement en DYS C ! L’arthrose étant un signe majeur de dysplasie. En fonction du résultat de l’examen, chaque hanche est classée selon la classification FCI (Fédération canine internationale ).Le stade est estimé pour chaque hanche mais le chien est classé en fonction de sa hanche la plus atteinte.
A : absence de dysplasie : bonne coaptation entre la tête du fémur et l’acétabulum ; angle de Norberg-Olsson au moins égal à 105° ;
B : état sensiblement normal : correspondant à deux possibilités : soit une coaptation de bonne qualité avec un angle de Norberg-Olsson compris entre 100 et 105°, soit une coaptation imparfaite et un angle de Norberg-Olsson supérieur à 105° ;
C : dysplasie légère : coaptation imparfaite avec un angle de Norberg-Olsson compris entre 100 et 105°, présence éventuelle de légers signes d’arthrose sur l’acétabulum, le col ou la tête du fémur ;
D : dysplasie moyenne : mauvaise coaptation avec un angle de Norberg-Olsson compris entre 90 et 100°, modifications possibles du rebord acétabulaire crâniolatéral et/ou présence de signes d’arthrose ;
E : dysplasie sévère : subluxation ou luxation articulaire avec un angle de Norberg-Olsson inférieur à 90°, possibilité éventuelle de modifications arthrosiques majeures.
La conformation des hanches d’un chiot à la naissance est saine qu’il soit dysplasique ou non mais va évoluer avec croissance : la dysplasie est une maladie héréditaire mais pas congénitale (elle n’est pas présente à la naissance) La Dysplasie Coxofémorale (DCF) aboutit à plus ou moins long terme, à la formation d’arthrose.
Le développement de la dysplasie diffère selon les individus car certains chiens sont capables de compenser cette laxité notamment lorsque la musculature des fessiers est bien développée.Cette particularité des chiens « sportifs »impose une anesthésie avec un relâchement musculaire parfait pour éviter une erreur de dépistage et laisser reproduire des chiens atteints.
Seuls les stades C, D et E sont des stades de dysplasie avérée. Le Stade B appelé sensiblement normal ne peut être considéré comme de la dysplasie mais comme un état proche de la normale. La présence d’arthrose quel que soit l’angle de Norberg Olson est un signe de dysplasie et entraîne automatiquement au moins un stade C La dysplasie n’est pas une maladie osseuse contrairement à ce que la majorité des éleveurs pensent mais une maladie ligamentaire.
Ainsi la laxité ligamentaire (manque de tonicité du ligament qui tient fermement la tête du fémur va permettre les mouvements latéraux de la tête du fémur dans la cavité ou acetabulum et dans une moindre mesure de la capsule articulaire). Seuls les mouvements de rotation sont possibles lorsque la hanche n’est pas dysplasique. Ces mouvements anormaux entraînent à la longue des lésions osseuses (arthrose).
Cette notion évolutive est essentielle à connaître et explique le pourcentage élevé de faux négatifs surtout sur des chiens radiographiés très jeunes. Le but du dépistage officiel de la dysplasie des hanches est de connaître du mieux possible l’état réel des hanches d’un sujet et non d’essayer en multipliant les clichés afin d’obtenir le meilleur résultat possible. Ceci nécessite un cliché d’une qualité technique parfaite sous peine de pénaliser un chien du fait d’un mauvais positionnement.
Le dépistage est cependant plus collectif qu’individuel et ceci est la grosse différence entre l’avis de l’orthopédiste et du zootechnicien. En effet, ce qui est le plus intéressant est de connaître l’état d’une lignée. En collectant par exemple les résultats sur la descendance d’un même mâle ou d’un même femelle ou bien en collectant les résultats de toute une fratrie. On peut mettre ainsi en avant les lignées indemnes ou du moins les moins touchées.
Enfin, Il est très difficile de connaître correctement le pourcentage de chiens atteints : en effet les vétérinaires « radiologistes » donnent une première lecture officieuse qui permet au propriétaire de ne pas envoyer la radio à la lecture si le résultat est mauvais . Quel est l’intérêt d’une sélection réalisée sur le protocole actuel Lorsque un chien est dysplasique (C, D ou E) le protocole est fiable et il n’existe pas de faux positifs (chien lu par erreur dysplasique) Par contre dans le cas d’un chien non Dysplasique (A ou B) , l’interprétation est plus subtile. En effet un nombre non négligeable de chiens lu A ou B s’avère être des faux négatifs. C’est à dire qu’ils sont considérés comme indemnes (c’est à dire « négatifs ») mais seraient en réalité porteurs des gènes délétères (on les appelle les « faux négatifs »). Ce pourcentage de faux négatifs est estimé à 25% dans beaucoup de races. On peut englober dans ce pourcentage les chiens lus non dysplasiques car radiographiés très jeune (12 mois) et qui développent par la suite une dysplasie ( mise en évidence après 3 ans).
Les éléments essentiels à retenir: Un chien Dys C, Dys D ou Dys E est dysplasique et c’est toujours héréditaire. Si on veut progresser il ne faut pas faire reproduire les collatéraux d’un dysplasique même si celui qui reproduit est indemne. Un chien DYS A ou DYS B à une forte probabilité de ne pas être dysplasique (plus de 90%). Le pourcentage de faux négatifs semble être légèrement plus élevé chez les Dys B que chez les Dys A mais ne justifie pas que les Dys B soient séparés des Dys A. Pensez à regarder les collatéraux les parents, cousins etc …. Le dépistage efficace en élevage est un dépistage de lignée et non individuel ainsi un chien Dys A issus de parents dysplasiques ou ayant des collatéraux dysplasiques n’est pas un chien « indemne » sur le plan génétique.
(cf Philippe Mimouni, vétérinaire au Centre de Reproduction des Carnivores du Sud Ouest ( CRECS).)
